Le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé mardi le plus important investissement militaire de l'histoire du Canada : 35 milliards de dollars canadiens — environ 25,7 milliards de dollars américains — destinés aux infrastructures arctiques, à la souveraineté et aux capacités de défense au cours des sept prochaines années. L'annonce, faite à Yellowknife devant un public de dirigeants de communautés autochtones et de responsables militaires, présente ces dépenses comme une réponse directe à ce que Carney a appelé « la nouvelle réalité arctique » — une combinaison de l'intensification de l'activité militaire russe au nord du cercle arctique et de la posture de plus en plus explicite de l'administration Trump à l'égard du Groenland.
Le plan de dépenses comprend la modernisation des installations militaires arctiques existantes à la Station des Forces canadiennes Alert, l'établissement habité en permanence le plus au nord du monde, ainsi que la construction de deux nouveaux emplacements d'opérations avancées capables d'accueillir les successeurs des CF-18 Hornet dans le Grand Nord canadien. Il prévoit également six nouveaux navires de patrouille arctique et extracôtière — soit le double de la flotte actuelle — et quatre nouveaux brise-glaces polaires pour la Garde côtière canadienne, qui n'exploite actuellement que deux navires capables de naviguer dans l'Arctique toute l'année. Le volet infrastructures couvre la construction de ports en eaux profondes dans trois communautés arctiques — Rankin Inlet, Resolute Bay et Cambridge Bay — pour soutenir à la fois la logistique militaire et les chaînes d'approvisionnement civiles.
Carney a explicitement lié cette annonce à un changement dans les relations Canada-États-Unis déclenché par les déclarations de Trump sur le Groenland et, plus tôt dans l'année, par des commentaires ambigus sur la souveraineté canadienne sur le passage du Nord-Ouest. « Le Canada ne sera jamais à vendre », a déclaré Carney, reprenant une formule qu'il avait utilisée lors de sa campagne électorale plus tôt cette année. « Et notre Nord ne sera jamais sans défense. » Cet investissement représente un virage significatif par rapport à l'approche historique du Canada, qui consistait à s'appuyer sur le partenariat du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) pour sécuriser ses frontières arctiques — un partenariat qui demeure formellement intact mais est de plus en plus tendu sur le plan politique.
Simultanément, l'OTAN a mené ses plus grands exercices arctiques de l'histoire, baptisés Opération Cold Resolve, au Groenland et dans ses environs cette semaine. Ces exercices impliquent environ 25 000 soldats de 14 nations membres de l'OTAN, dont les États-Unis, le Danemark, le Canada, la Norvège et le Royaume-Uni, ainsi que des éléments aériens de huit forces aériennes et deux groupes de combat de porte-avions opérant en mer de Norvège. Les scénarios pratiqués, selon un communiqué de presse de l'OTAN, incluent la défense des couloirs aériens arctiques, la détection de sous-marins dans les eaux polaires et le ravitaillement de communautés isolées en conditions contestées — toutes des capacités qui seraient pertinentes dans un scénario où un adversaire tenterait d'exercer une force sur un territoire arctique.
Les États-Unis ont participé à l'Opération Cold Resolve malgré l'intérêt déclaré de l'administration Trump pour l'acquisition du Groenland. La porte-parole du Pentagone, Christine Abizaid, a confirmé la participation américaine dans une déclaration qui évitait soigneusement toute référence aux commentaires de Trump sur le Groenland, décrivant plutôt les exercices comme « une démonstration de l'engagement collectif de l'OTAN envers la sécurité arctique ». L'image de soldats américains s'exerçant à défendre la souveraineté du Groenland tandis que le président américain en exercice a publiquement exprimé son intérêt pour son annexion n'a pas échappé aux observateurs. Une porte-parole du ministère danois des Affaires étrangères a déclaré aux journalistes à Copenhague que « les exercices parlent d'eux-mêmes ».
Le Danemark a convoqué des élections anticipées plus tôt ce mois-ci, en partie en réponse à la campagne de pression sur le Groenland. L'élection, prévue pour le 14 avril, a vu une montée en puissance du soutien aux partis favorables à une autonomie élargie du Groenland comme rempart contre la pression américaine — une évolution politique qui a compliqué ce que Trump semblait avoir considéré comme une négociation simple.
Le gouvernement groenlandais lui-même, le Naalakkersuisut, a été sans équivoque tout au long du différend. Le Premier ministre Múte Egede a réitéré mardi que le Groenland « n'est pas à vendre et ne le sera jamais », et a annoncé que le Groenland tiendrait un référendum sur la pleine indépendance vis-à-vis du Danemark en novembre 2026 — un vote déjà planifié mais accéléré en réponse aux pressions américaines. Un sondage réalisé par le diffuseur groenlandais KNR en février a montré que 72 % des Groenlandais soutiennent l'indépendance ; la question du type de relations qu'un Groenland indépendant chercherait à entretenir avec les États-Unis n'a pas été sondée avec la même précision.
Les dimensions économiques de la compétition arctique sont considérables. Des relevés satellitaires estiment que l'Arctique renferme environ 13 % des réserves mondiales de pétrole non découvertes et 30 % du gaz naturel non découvert, selon l'Institut géologique des États-Unis — des chiffres qui ont pris une nouvelle pertinence alors que la guerre en Iran a poussé les prix mondiaux de l'énergie à leurs niveaux les plus élevés depuis 2022. Le plan d'investissement arctique du Canada comprend des dispositions relatives aux infrastructures de développement des ressources aux côtés des composantes militaires, reliant explicitement la souveraineté arctique à la sécurité énergétique à long terme.
**Ce que cela signifie pour vous**
Pour les contribuables et les investisseurs canadiens, l'engagement de 35 milliards de dollars canadiens constitue le plus grand investissement de défense en temps de paix de l'histoire du pays. Il accélérera les travaux des entreprises canadiennes d'aérospatiale et de construction navale, avec des contrats attendus chez Irving Shipbuilding à Halifax (pour les navires de patrouille et les brise-glaces) et L3 MAS à Mirabel, au Québec (pour les mises à niveau avioniques). Pour les investisseurs américains et les analystes énergétiques, l'accélération des cadres de développement des ressources arctiques par le Canada, la Norvège et le Danemark représente une potentielle source d'approvisionnement à moyen terme : le pétrole et le gaz arctiques nécessitent 10 à 15 ans d'investissements en infrastructures pour atteindre la production, mais la volonté politique de financer cet investissement est plus forte aujourd'hui qu'à aucun autre moment depuis le boom pétrolier arctique de 2014. Pour l'alliance OTAN dans son ensemble, l'annonce du Canada marque un engagement significatif à atteindre et dépasser l'objectif de dépenses de défense de 2 % du PIB — le Canada se situait à 1,37 % en 2025 — ce qui répond à l'une des critiques de longue date de l'administration Trump envers l'alliance.